KATRINE WINTER

Depuis quand es-tu libraire à la Librairie Poirier ? Quel a été ton parcours ?

Ça fait, je pense, environ 7 ans ? Ma première expérience en libraire a vraiment été ici. J’avais déjà travaillé dans une Coop de Cégep par le passé, où on vendait principalement des manuels scolaires et des livres grands publics. J’ai également travaillé dans une autre librairie durant une année pour ensuite revenir chez Poirier. Je suis tombée en amour avec la librairie, en fait, donc je suis restée ici depuis.

Y a-t-il une différence entre ta vision de ce qu’était le métier de libraire avant de commencer versus maintenant ? Est-ce que tu avais une idée de ce que c’était être libraire ?

Sincèrement, je m’attendais à de la vente de livres, comme de la vente au détail. Je ne connaissais pas tellement l’industrie. Avec mon expérience à la Coop, je savais comment les livres étaient commandés, réceptionnés et placés, mais je ne m’attendais pas nécessairement à ce que ce soit le libraire qui le fasse. Je te dirais que je n’avais pas vraiment d’attentes, j’aime faire de tout et je m’adapte. Je m’attendais à un peu plus que du simple service à la clientèle. C’est surtout l’ambiance et le livre comme sujet qui m’attiraient, plus que les tâches. Le livre, comme produit, a un aspect artistique, éducatif et culturel. On ne vend pas que des pages avec des lettres, on vend des pensées, de l’imaginaire. Je trouve que c’est beaucoup plus intéressant que de vendre des chaussures, par exemple. Ce n’est pas seulement un produit, c’est une expérience.

Qu’est-ce tu lisais quand tu étais plus jeune et qui a éveillé ton goût pour la lecture ? Y a-t-il un livre qui t’as particulièrement marqué ?

Ma mère est une grande lectrice. Elle nous poussait (mon frère, ma sœur et moi) vers la lecture, je pense qu’elle trouvait ça important. Par contre, je t’avouerais que, étonnement, j’étais loin d’être une fervente lectrice lorsque j’étais plus jeune. C’est vraiment vers… 10 ans je pense ? Après être tombée sur un «Livre dont tu es le héros» avec une histoire de maison hantée (que j’ai toujours, d’ailleurs) et l’avoir lu 11 fois dans la même soirée, que j’ai vraiment découvert cet univers. J’ai toujours été attirée vers le fantastique, le mystère, tout ce qui sort du «réel». Ça m’a fait réaliser que je pouvais retrouver ces éléments dans autre chose que les films, grâce à la lecture, et c’est vraiment ce qui a été l’élément déclencheur. Ensuite, je me suis intéressée aux encyclopédies animales, que je louais beaucoup à la bibliothèque. Au secondaire, j’ai commencé des petits romans. Je me souviens notamment de Charlie et la chocolaterie. Mais c’est en commençant à travailler à la librairie que ça a explosé. Intéressant. Je pense que les gens croient souvent qu’afin de travailler en librairie, il faut déjà être un grand lecteur. Et pourtant, c’est souvent en côtoyant ce milieu qu’on se met véritablement à élargir nos horizons et à lire davantage. Oui! C’est inévitable. En parlant avec les autres libraires, les clients, on apprend à connaître d’autres livres. En étant en contact avec plus de choix, ça donne envie d’en lire plus! Tu découvres des choses que tu n’aurais pas découvertes, simplement parce que tu ne savais pas qu’elles existaient.

Pour toi, que représente un livre ?

Pour moi, c’est vraiment de rentrer dans un univers. La réalité, bof. Le quotidien je le vis, donc je veux en sortir. Ce pourquoi je suis plus attirée vers des lectures de type fantasy, fantastique et horreur qui se démarquent de la banalité de la réalité.

As-tu un auteur ou éditeur préféré ?

(Après un long moment de réflexion) Pas vraiment ? J’essaie d’être diversifiée tout en étant axée vers des sujets qui me plaisent. Je suis capricieuse, je ne lirais pas n’importe quoi. Il faut vraiment qu’après avoir pris le temps de lire la quatrième de couverture, j’aie un bon «feeling». Est-ce que j’ai envie de m’embarquer dans une lecture volumineuse ou pas ? Je suis sévère sur mes thématiques. Si on parle de quotidien ou de romance, déjà je pars de reculons. Ça ne m’intéressera pas.

Que lis-tu en ce moment ?

 

Présentement, je lis Lapin de Mona Awad. J’ai déjà lu plus que la moitié et c’est excellent. Un peu horrifique, mais pas dans le traditionnel, avec des moments très très lugubres. C’est vraiment différent, une belle découverte.

Juste avant, j’ai lu le recueil de nouvelles de Joyce Baker intitulé Glauque, qui fait partie de la même collection que Lapin, d’ailleurs. Encore une fois, c’est de l’horreur, et j’ai adoré.

Qu’est-ce qui est dans ta pile à lire ?

Le prochain dans ma pile est un livre de Guillermo del Toro, un de mes réalisateurs préférés. Il s’agit du premier tome d’une série qui s’appelle Les dossiers de Blackwood, un roman policier avec une touche d’horreur, écrit en collaboration avec un autre auteur avec qui il a souvent écrit par le passé.

J’ai aussi acheté récemment le deuxième volume de Victoria Charlton qui traite de disparitions, Gardez l’œil ouvert. J’ai vraiment hâte de m’y mettre! Ça sort un peu de ma branche car ce sont des faits réels, mais on reste dans une thématique que j’aime.

Puis, un autre d’une auteure que j’avais beaucoup aimée, plus pour un public jeunesse. Je suis tombée sur sa nouveauté Winterwood : la forêt des âmes perdues par hasard, et je me suis dit «Ça me le prend!» car le premier m’avait vraiment accroché.

Quelle est, selon toi, la ou les différence(s) entre la Librairie Poirier et les autres librairies ?

Comme je dis à tout le monde que je passe en entrevue, c’est qu’on est vraiment tissé serré à la librairie. Une ambiance familiale et un esprit d’équipe très fort. Je pense que c’est ce qui me rejoint en particulier. Je considère les membres de l’équipe comme des amis très proches, certains même comme des membres de ma famille. Et je pense que c’est une vision qui est partagée par tout le monde. De plus, pour une entreprise qui existe depuis plus de 50 ans, je trouve qu’on est continuellement en changement. On veut en faire plus pour les clients, que ce soit des expériences ou des événements, on veut que ce soit amusant. On chercher constamment à se renouveler et à innover. Je pense que ça nous démarque. L’aspect familial est vraiment ce qui ressort le plus et ça se ressent, je crois, dans notre service.

Quel est LE livre que tout le monde devrait avoir lu selon toi ?

C’est difficile pour moi de répondre à cette question. Je trouve que mon style de lecture ne rejoint pas nécessairement tout le monde. (Après avoir cherché longuement dans sa liste de livres sur son téléphone) Peut-être celui que je lis en ce moment, Lapin. Parce qu’il est très différent de ce que j’ai lu. Je dirais que la façon dont il est conçu et le sujet dont il traite sont assez particuliers. Le besoin d’être aimé, d’avoir des amis, d’avoir un sentiment d’appartenance, c’est plutôt universel, tout le monde peut s’y reconnaître. Je pense que ça peut amener une belle réflexion à ce sujet.

En tant que libraire, on pose beaucoup de questions pour essayer de trouver LE livre qui correspond aux besoins de la personne. Si les rôles étaient inversés et que tu étais une cliente, comment tu décrirais tes goûts pour te faire conseiller ?

Déjà, pas quelque chose qui est éternel. Pas une série de douze volumes qui s’étire à l’infini. J’ai l’impression qu’il y aurait des longueurs et ça me ferait facilement décrocher. J’irais plus vers une trilogie, gros maximum, même un volume me convient parfaitement. Si c’est une expérience courte mais «punchée», c’est parfait. Quelque chose qui est… viscéral. Qui vient te chercher. Pour moi c’est souvent l’aspect horrifique ou un vocabulaire très imagé et consacré à la thématique qui m’attirent. J’aime beaucoup l’aspect psychologique, quelque chose qui joue avec la santé mentale, par exemple lorsqu’on se demande si le personnage est dérangé ou pas. Évidemment, ça prend une bonne intrigue pour maintenir l’intérêt, mais déjà, si c’est bien écrit et que les personnages sont bien ficelés, c’est un gros plus. Bonus si la santé mentale est troublée un peu.