FRANÇOIS MARTIN

Depuis quand es-tu libraire ? Quel a été ton parcours ?

À la Librairie Poirier, j’en suis à ma cinquième année. Ma onzième comme libraire. Pour ce qui est de mon parcours, j’ai fait mes études universitaires en Lettres, j’ai fait la maîtrise. La suite logique pour bien des gens ç’aurait été l’enseignement, mais on dirait que j’avais besoin carrément des librairies. Ça reste l’endroit où je me sens le plus chez moi, encore aujourd’hui.

Y a-t-il une différence entre ta vision de ce qu’était le métier de libraire avant de commencer versus maintenant ? Est-ce que tu avais une idée de ce que c’était être libraire ?

Je pense que comme bien des gens, j’avais une vision un peu stéréotypée du métier. Dans le sens où on imagine le libraire comme un vieux sage derrière son comptoir, qui lit toute la journée et qu’on vient soudainement déranger dans ses lectures. J’ai perçu assez rapidement à quel point la librairie c’est une ruche. On imagine pas à quel point il y a vraiment toute une équipe qui s’assure de rendre l’environnement convivial et attirant.

Qu’est-ce tu lisais quand tu étais plus jeune et qui a éveillé ton goût pour la lecture ? Y a-t-il un livre qui t’a particulièrement marqué ?

C’est vraiment par la bande dessinée que je suis entré dans la littérature. Étant issu de deux familles très nombreuses, on dirait qu’il y avait toujours un Astérix, un Archie, un Popeye, un Lucky Luke qui trainait quelque part. J’ai encore des albums d’Astérix qui ont appartenu à des oncles dont les tranches se défont complètement et où on retrouve parfois des dessins qui ont été ajoutés. Sinon, comme livre qui m’aurait marqué, je me rappelle à l’adolescence du moment où j’avais appris qu’il y avait des suites aux Trois Mousquetaires. Je me sentais soudainement comme privilégié, je me disais «eh!, je vais retrouver des vieux amis». Je me rappelle que Le Vicomte de Bragelonne, j’avais lu les trois tomes un à la suite de l’autre alors que ce n’est pas tant une lecture «facile» pour un ado. On dirait que le temps s’était arrêté et je m’étais clanché les trois. En fait, il ne faut pas sous-estimer le pouvoir de lecture d’un enfant.

Pour toi, que représente un livre ?

J’ai toujours perçu ça, tant l’écriture que le livre lui-même, comme une fenêtre qui va s’ouvrir sur un monde. Ça peut être le tien comme carrément un monde imaginaire. Puis dans cette «image» là, j’aime aussi le fait que, dans une fenêtre, tu vois ton propre reflet. J’ai vraiment l’impression que c’est une ouverture sur le monde, mais ça nous permet de mieux nous comprendre aussi.

As-tu un auteur ou éditeur préféré ?

Je dirais que ça change perpétuellement (rire). J’ai vraiment un faible pour Edgar Allan Poe. Quand je l’ai découvert, je crois au niveau collégial, j’aimais beaucoup son exploitation des limites et des frontières. Toujours entre la poésie et le roman, la folie et la raison, le surnaturel et le réel. Je trouvais qu’il y avait vraiment quelque chose de très intéressant là-dedans, puis le côté fantastique/surnaturel m’a toujours attiré aussi. Donc comme auteur, ce serait probablement Edgar Poe. Comme éditeur, plus ou moins, mais j’avoue avoir peut-être un parti pris pour les éditions Alto, justement parce qu’ils flirtent beaucoup avec le surnaturel.

Que lis-tu en ce moment ?

C’est curieux parce qu’habituellement je ne lis pas beaucoup de biographies. En ce moment-même, de par mon intérêt pour le cinéma, je lis les mémoires d’Oliver Stone et de David Lynch. Je trouve bien intéressant de les lire un peu en parallèle parce que ce sont deux réalisateurs très différents. Un est très cérébral, l’autre un peu plus disjoncté et ésotérique. Ce sont deux génies du cinéma, c’est le fun de voir à quel point leurs parcours différents ont pu mener à des œuvres très différentes, mais tout à fait géniales dans les deux cas. Sinon ces temps-ci, je tends beaucoup vers les bandes dessinées et les romans graphiques, j’en accumule pas mal (petit rire).

Dernièrement, j’ai découvert quelque chose qui date un peu mais qui vient d’être réédité, ça s’appelle Memoria, c’est un roman graphique québécois de Jean-Paul Eid. C’est un peu comme La Matrice avant La Matrice. Il parle d’une espèce d’antichambre de la réalité où tout ce qu’on fait a des répercussions monstres sur la réalité. C’est vraiment intéressant comme univers, il y a un style un peu noir des années 50.

Qu’est-ce qui est dans ta pile à lire ?

Comme je disais justement , je les accumule en ce moment, donc beaucoup de romans graphiques, dont l’adaptation de Dune par le fils de Frank Herbert (à la scénarisation). C’est pas mal une des adaptations les plus fidèles que j’ai vu jusqu’à maintenant. Sinon, le nouveau de Marie-Hélène Poitras, aux éditions Alto, que j’ai envie de lire avec impatience.

Qu’est-ce qui est dans ta pile à lire ?

Comme je disais justement , je les accumule en ce moment, donc beaucoup de romans graphiques, dont l’adaptation de Dune par le fils de Frank Herbert (à la scénarisation). C’est pas mal une des adaptations les plus fidèles que j’ai vues jusqu’à maintenant. Sinon, le nouveau de Marie-Hélène Poitras, aux éditions Alto, que j’ai envie de lire avec impatience.

Quelle est, selon toi, la ou les différence(s) entre la Librairie Poirier et les autres librairies ?

J’ai le sentiment que plusieurs vont répondre ça, mais l’esprit de famille est très présent. Je pense que ça fait justement l’une de nos forces. Peut-être parce que le fait qu’on est une plus petite équipe que ce que j’ai connu auparavant, on est donc beaucoup plus tissé serré. Je pense que ça participe aussi à la proximité qu’on peut établir avec le client, dans le sens où on voit que tout le monde travaille à rendre ça accessible. Je pense que ça se perçoit à quel point on s’apprécie les uns les autres aussi. L’ambiance est familiale et conviviale, jamais élitiste. Je pense qu’on est conscient de la variété des goûts des clients et le fait qu’ils puissent venir d’horizons différents. C’est aussi une des forces de nos libraires. En provenant tous d’horizons différents, avec des lectures différentes, ça fait une équipe beaucoup plus polyvalente, complexe et complète.

La question qui tue. Quel est LE livre que tout le monde devrait avoir lu selon toi ?

 

Ça aussi, j’ai l’impression que tu me poserais la question la semaine prochaine et ce serait autre chose. Spontanément, celui qui me vient à l’esprit, peut-être pour être retombé dessus récemment, Une ardente patience, d’Antonio Skarmeta, qui a été adapté au cinéma. Je disais à quel point j’aime le cinéma tout à l’heure, ils en ont fait le film Le Facteur, qui est un super bel hommage à la littérature, à l’écriture, au pouvoir des mots et au poète Pablo Neruda. C’est l’histoire en fait d’un jeune facteur qui veut séduire la fille de l’aubergiste du village. Il constate que le poète Pablo Neruda est en visite à son village et voit que la solution miracle pour séduire, c’est d’apprendre à devenir poète. De voir son parcours, à quel point c’est différent de ce qu’il s’imaginait. C’est vraiment bien comme roman, très touchant.

En tant que libraire, on pose beaucoup de questions pour essayer de trouver LE livre qui correspond aux besoins de la personne. Si les rôles étaient inversés et que tu étais un client, comment décrirais-tu tes goûts pour te faire conseiller ?

C’est sûr qu’il faut qu’il y ait une recherche esthétique, je dirais. Que je sente qu’il y ait eu un travail sur les mots et la façon de rendre l’histoire. À la limite, je dis tout le temps que je préfère une histoire banale racontée superbement qu’une histoire abracadabrante, mais racontée d’une telle façon que tu n’y piges absolument rien finalement. Si ça flirte avec la littérature de genre et la littérature d’imaginaire, c’est sûr que c’est vraiment un plus pour moi. Si l’écriture peut être mise de l’avant aussi, que ce soit un personnage de créateur ou d’auteur qui est mis en scène, ça aussi souvent c’est un plus. Des questionnements sur la littérature et l’écriture en fait.